Liste des citations utilisées dans l'ouvrage
7 - Le progrès
40 - Jean Bottéro,
Au commencement étaient les dieux - 2004
«Il faut rappeler qu’il n’y a jamais, en histoire, de commencement avec un grand C. Il n’y a que des développements, des croisements, des séparations, des oublis, des retrouvailles.»
41 - Charles de Gaulle,
Discours à la Cité Universitaire de Toulouse, le14 février 1959
«Rien n’est meilleur que d’alléger le fardeau des hommes. Rien n’est plus noble et plus grand que de leur offrir l’espoir..../...
Au moment où je suis de ma vie, bref, dans mes dernières années, j’ai le sentiment, à l’Université de Toulouse, de me trouver sur une plage, au bord d’un océan, celui qui peut vous porter, vous les chercheurs, vous les professeurs, vous les étudiants, vers les rivages de la découverte, afin de gagner, à partir de là, les terres inconnues du progrès..../...
Voilà pourquoi il est indispensable que, concurremment à la formation scientifique et technique, la pensée pure, la philosophie qui l’exprime, les lettres qui la font valoir, les arts qui l’illustrent et aussi la morale qui procède de la conscience et de la raison inspirent et orientent cet immense effort d’évolution.»
42 - Fernand Braudel
Le modèle italien
«Idéologie, autant dire un système confus d’idées, de croyances, d’affirmations, de partis pris, liés les uns aux autres par une logique plus d’une fois imparfaite, mais liés. Et il n’y a d’idéologie qu’enveloppante : son caractère est de saisir l’individu et de la soumettre à une contrainte, d’ailleurs acceptée avec joie. C’est en somme une civilisation de remplacement, destinée à réparer les déchirures, à combler les gouffres de la civilisation en place, déficiente ou délabrée. Logiquement, elle exige l’enthousiasme, la conviction, la certitude du bon droit, l’appât du succès. Qu’elle mélange tout est logique aussi : la plâtre qui bouche les lézardes du mur en rejoint les morceaux.»
43 - Stefan Zweig
Mémoires
«Le XIX° siècle, dans son idéalisme libéral, était sincèrement convaincu qu’il se trouvait sur la route rectiligne et infaillible du « meilleur des mondes possibles ». On considérait avec dédain les époques révolues, avec leurs guerres, leurs famines et leurs révoltes, comme une ère où l’humanité était encore mineure et insuffisamment éclairée. Mais à présent, il ne s’en fallait plus que de quelques décennies pour que les dernières survivances du mal et de la violence fussent définitivement dépassées, et cette foi en un « Progrès » ininterrompu et irrésistible avait véritablement, en ce temps-là, toute la force d’une religion. On croyait déjà plus en ce « Progrès » qu’en la Bible, et cet évangile semblait irréfutablement démontré chaque jour par les nouveaux miracles de la science et de la technique. Et en effet, à la fin de ce siècle de paix, une ascension générale se faisait toujours plus visible, toujours plus rapide, toujours plus diverse. Dans les rues, la nuit, au lieu des pâles luminaires, brillaient des lampes électriques ; les grands magasins portaient des artères principales jusque dans les faubourgs leur nouvelle splendeur tentatrice ; déjà, grâce au téléphone, les hommes pouvaient converser à distance, déjà ils volaient avec une vélocité nouvelle dans des voitures sans chevaux, déjà ils s’élançaient dans les airs, accomplissant le rêve d’Icare. Le confort des demeures aristocratiques se répandait dans les maisons bourgeoises, on n’avait plus à sortir pour aller chercher l’eau à la fontaine ou dans le couloir, à allumer péniblement le feu du fourneau ; l’hygiène progressait partout, la crasse disparaissait. Les hommes devenaient plus beaux, plus robustes, plus sains depuis que le sport trempait leur corps comme de l’acier ; on rencontrait de plus en plus rarement dans les rues des infirmes, des goitreux, des mutilés, et tous ces miracles, c’était l’œuvre de la science, cet archange du progrès ; d’année en année, on donnait de nouveaux droits à l’individu, la justice se faisait plus douce et plus humaine, et même le problème des problèmes, la pauvreté des grandes masses, ne semblait plus insoluble. Avec le droit de vote, on accordait à des classes de plus en plus étendues la possibilité de défendre leurs intérêts par des voies légales, sociologues et professeurs rivalisaient de zèle pour rendre plus saine et même plus heureuse la vie des prolétaires – quoi d’étonnant, dès lors, si ce siècle se chauffait complaisamment au soleil de ses réussites et ne considérait la fin d’une décennie que comme le prélude à une autre, meilleure encore ? On croyait aussi peu à des rechutes vers la barbarie, telles que les guerres entre les peuples d’Europe, qu’aux spectres et aux sorciers ; nos pères étaient tout pénétrés de leur confiance opiniâtre dans le pouvoir infaillible de ces forces de liaison qu’étaient la tolérance et l’esprit de conciliation. Ils pensaient sincèrement que les frontières des divergences entre nations et confessions se confondraient peu à peu dans une humanité commune et qu’ainsi la paix et la sécurité, les plus précieux des biens, seraient imparties à tout le genre humain.»
44 - Raymond Aron
Les désillusions du Progrès
«Dans le duel entre Etats dotés d'armes thermonucléaires, la rationalité des acteurs devrait aboutir à un résultat lui-même rationnel. L'escalade s'arrêtera bien avant d'atteindre le barreau supérieur de l'échelle de la violence. L'État le moins intéressé à l'enjeu fera le plus de concessions. L'Etat doué du maximum de ressources n'exigera pas de son rival une perte de face ou des sacrifices excessifs. En irait-il de même dans le cas du duel entre une armée de guérilla et une armée régulière, même si l'on suppose que chacun des deux applique au mieux sa technique, technique de subversion partisane et technique de répression? L'hétérogénéité des buts et des moyens confère à chacun une certaine sorte d'invincibilité sans qu'aucun ait un intérêt vital à mettre un terme, aussi rapidement que possible, au conflit armé.»