Liste des citations utilisées dans l'ouvrage
3 - Regards sur l'innovation
13 - Joseph Schumpeter
Capitalisme, socialisme et démocratie, II-12
«La mise en œuvre de telles innovations est difficultueuse et constitue une fonction économique distincte, en premier lieu parce qu'elles se détachent des besognes de routine familières à quiconque et, en deuxième lieu, parce que le milieu économique y résiste par des moyens divers, allant, selon les conditions sociales, du refus pur et simple d'acquérir ou de financer un nouvel objet à l'agression physique contre l'homme qui tente de le produire. Pour agir avec confiance au delà de la zone délimitée par les balises familières et pour surmonter ces résistances du milieu, des aptitudes sont nécessaires qui n'existent que chez une faible fraction de la population et qui caractérisent à la fois le type et la fonction d'entrepreneur. Cette fonction ne consiste pas essentiellement à inventer un objet ou à créer des conditions exploitées par l'entreprise, mais bien à aboutir à des réalisations.
Or, cette fonction sociale est, dès à présent, en voie de perdre son importance et elle est destinée à en perdre de plus en plus et à une vitesse accélérée dans l'avenir, ceci même si le régime économique lui-même, dont l'initiative des entrepreneurs a été le moteur initial, continuait à fonctionner sans perturbations. En effet, d'une part, il est beaucoup plus facile désormais que ce n'était le cas dans le passé, d'accomplir des tâches étrangères à la routine familière - car l'innovation elle-même est en voie d'être ramenée à une routine. Le progrès technique devient toujours davantage l'affaire d'équipes de spécialistes entraînés qui travaillent sur commande et dont les méthodes leur permettent de prévoir les résultats pratiques de leurs recherches. Au romantisme des aventures commerciales d'antan succède rapidement le prosaïsme, en notre temps où il est devenu possible de soumettre à un calcul strict tant de choses qui naguère devaient être entrevues dans un éclair d'intuition générale.»
14 - Interview de Gordon Moore
cofondateur d'Intel
«- Quelle est l'origine de la loi de Moore ?
- Pour les 35 ans du magazine Electronics (magazine américain aujourd'hui disparu, Ndlr), son rédacteur en chef m'avait demandé de rédiger un article sur l'avenir des composants de semi-conducteurs pour les dix années à venir. Je voulais faire passer l'idée que les circuits intégrés seraient la solution pour faire baisser les coûts.
J'ai donc effectué une extrapolation. Le plus grand circuit disponible à l'époque contenait une trentaine de composants. J'ai repris l'historique et j'ai constaté que nous étions passés de quatre composants à huit, puis à seize et, qu'en fait, leur nombre doublait quasiment chaque année. Je ne pensais pas que cette observation serait particulièrement juste; j'essayais juste de faire comprendre que les composants allaient devenir de plus en plus complexes et de moins en moins chers. Il s'est avéré que ma prévision était bien plus précise que ce que j'aurais pu imaginer.
L'un de mes amis (le professeur Carver Mead de Cal Tech, si je me souviens bien) a baptisé ce postulat "la loi de Moore" et le nom est resté. J'ai mis environ vingt ans avant de pouvoir prononcer ces mots, mais aujourd'hui, je m'y suis fait.
En 1975, j'ai remis à jour la loi de Moore et nous la suivons quasiment à la lettre depuis. Aujourd'hui, nous sommes même un peu en avance sur elle, car le nombre de composants double en moins de deux ans.
- Imaginiez-vous l'impact que cela aurait?
- J'ai relu mon article de l'époque et j'ai remarqué que je parlais de choses comme les PC dans les foyers. J'ai été surpris d'avoir écrit cela. Je n'avais pas réalisé que je les avais prédits dès 1965. Je crois que j'ai aussi parlé des montres électroniques [...].
- La cadence va-t-elle ralentir, ou de nouveaux composants permettront-ils à l'industrie d'aller encore plus loin?
Eh bien, tout d'abord, je n'ai jamais pu me projeter au-delà de deux ou trois générations sans trouver un seuil qui paraissait relativement infranchissable.
Quel que soit le matériau, une limite physique fondamentale empêche de miniaturiser à l'extrême. Et avant même de l'atteindre, vous vous heurterez à une limite d'une manière ou d'une autre qui inversera la tendance. Je l'ai déjà inversée une fois, puisqu'au lieu de doubler chaque année, la cadence a doublé tous les deux ans. Peut-être allons-nous ralentir jusqu'à doubler le nombre de composants tous les trois à quatre ans. Après cela, nous aurons des processeurs vraiment plus gros. Il y a donc une fin. À ce moment-là, nous aurons plusieurs milliards de transistors sur un circuit intégré.
15 – Cabinet Booz Allen Hamilton
L’effet de taille des organisations sur l’innovation (pour 1.000 entreprises leaders en effort R&D)
«• Le volume des dépenses en innovation n’est pas une garantie de résultat. Il n’existe aucune relation entre le volume des dépenses de R&D et la réussite économique.
• La taille de l’entreprise est un avantage. Les entreprises de grande taille peuvent se permettre de dépenser une part plus faible de leurs revenus en R&D que les entreprises sans impact discernable sur la performance.
• Augmenter les dépenses de R&D ne génère pas statistiquement d’avantage mais un budget trop faible peut être dommageable. Les sociétés dont le niveau de dépenses R&D en pourcentage des ventes se situe dans les derniers 10% sont moins performantes que leurs concurrentes (marge brute, résultat opérationnel et retour aux actionnaires).
• Il n’existe pas de règle établie sur le niveau idéal d’investissement en R&D. Des variations importantes sont observées y compris au sein même d’un secteur industriel sans corrélation évidente avec la performance des entreprises.
• La clé ne réside pas dans les montants des budgets investis mais dans la manière de dépenser ces budgets.
La confirmation est patente sur les grandes entreprises … mais cette étude ne prend pas en compte les innovations réalisées par les PME comme Apple ou Microsoft à leurs débuts. Et surtout, cette étude démontre bien qu’il n’existe aucun mécanisme automatique d’innovation puisque les efforts de R&D sont déconnectés de l’innovation, alors même que l’étude est réalisée dans le cadre restreint des 1.000 entreprises faisant le plus d’efforts d’innovation.»
16 - Jean Guilaine
La Mer partagée, La Méditerranée avant l’écriture 7000-2000 av. JC - 1994
«En un temps relativement court - moins d’un millénaire, quelquefois un millénaire et demi tout au plus -, la chasse, la pêche et la cueillette, activités ancestrales qui avaient jusqu’ici nourri l’humanité méditerranéenne pendant plus d’un million d’années, ont été réduites à ne plus jouer en bien des contrées, qu’un rôle secondaire dans les stratégies alimentaires. C’en est fini de la nature omnipotente. Pour la première fois de son existence, l’homme prend définitivement le dessus : l’artificiel, des espèces animales et végétales transformées par le jeu des manipulations anthropiques assureront désormais le quotidien et le futur des communautés…. A observer, cartes en mains, le succès de l’économie agropastorale, on ne peut s’empêcher d’imaginer un phénomène bien rodé de transmission des techniques, dévorant inexorablement d’est en ouest le monde méditerranéen.»
17 - Jean Gimpel
Les bâtisseurs de cathédrales (1980)
«En l’espace de trois siècles, de 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs millions de tonnes de pierres pour édifier 80 cathédrales, 500 grandes églises et quelques dizaines de milliers d’églises paroissiales. La France a charrié plus de pierres en ces trois siècles que l’ancienne Egypte en n’importe quelle période de son histoire – bien que la grande Pyramide, à elle seule, ait un volume de 2.500.000m3.»
18 - George Buckley
Président de 3M - 2005
«Invention is by its very nature a disorderly process.»
19 - David S. Landes
L’Europe technicienne ou le Prométhée libéré – 1975
«En exposant l’Europe devant le miroir des sociétés non européennes les plus en progrès, nous devrions être en mesure de discerner quelques-uns -et non pas tous, à coup sûr- des éléments critiques de sa priorité économique, technique et technologique. Et, de ce point de vue, deux particularités me semblent frappantes : le champ d’action et l’efficacité de l’entreprise privée ; et la haute valeur accordée à la manipulation rationnelle de l’environnement humain et matériel.»
20 - Robert Moore
La première révolution européenne, X°-XIII° siècle - 2001
«Bien des dates ont été proposées pour le début de la « suprématie européenne » : le XIV° siècle, aube de la Renaissance, le XVI° siècle et la Réforme, les XVII° et XVIII° siècles avec les Lumières et l’expansion coloniale. Une longue tradition historiographique (et encore plus chère aux sciences sociales) voit dans le dynamisme européen un réveil après la longue langueur des « temps médiévaux », mais elle de plus en plus contredite par ce que les médiévistes pensent de l’immense vigueur et créativité de ces siècles où les hommes se battaient non seulement pour survivre mais pour bâtir. La vérité, c’est que tout commence véritablement aux XI° et XII° siècles, avec la naissance de l’Europe elle-même, avec les luttes internes et externes où se sont forgées les ambitions irrésistibles des premiers Européens. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile de distinguer clairement entre les mouvements d’expansion des IX° et X° siècles, encore intégrés au processus général d’extension des sociétés urbaines dans toute la périphérie eurasiatique, et ceux des XI° et XII° siècles, qui sont le résultat spécifique de la « première révolution européenne ». Néanmoins, les différences entre les deux périodes se révèlent d’une importance décisive : elles doivent être directement attribuées à la distinction désormais parfaitement établie entre terres de l’Eglise et terres laïques (transmises selon des principes différents) et aux changements dans les structures familiales qui lui sont indissociablement liés et dont on observe l’apparition dans la seconde moitié du X° siècle, avec toutes les conséquences qui en dérivent.»
21 - Philippe Contamine, Marc Bompaire, Stéphane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin
L’économie médiévale – 1997
«La hausse démographique est une condition nécessaire à la croissance économique. Ce n’est pas une condition suffisante. Elle ne concourt pas à un essor des forces productives sans une stabilité ou, mieux, une élévation concomitante de la productivité du travail. … De fait, la croissance des XI°-XIII° siècles repose sur un effort généralisé d’équipement, facilité par une certaine accumulation des richesses. Non pas que le Moyen Age ait beaucoup inventé, sauf en quelques secteurs comme le textile et les transports, mais il a diffusé et perfectionné. Insensiblement, des améliorations ont été apportées aux instruments et aux procédés du travail agricole, tandis que se multipliaient les moulins à eaux et qu’apparaissaient les moulins à vent.»
22 - Randall Morck et Bernard Yeung
Les déterminants économiques de l’innovation, Industrie Canada - 2001
«Les jeux de coulisses dans les grandes entreprises contribuent souvent à bloquer les innovations radicales. Les cadres supérieurs d’une entreprise établie sont souvent les innovateurs d’hier qui ont permis à l’entreprise de prendre de l’expansion. Aussi longtemps que l’entreprise demeure tributaire des innovations qu’ils ont mises au point, ces personnes sont les plus aptes à diriger l’entreprise. Si une nouvelle innovation radicale rend désuète leur contribution passée, elles pourraient ne plus être les mieux qualifiées pour présider aux destinées de l’entreprise.»